Les survivants du Che

Après le Che, l’incroyable combat pour survivre

Dimanche 11 octobre à 10h15, au cinéma Véo-Muret, les Dimanches Mermoz de Vive le Cinéma à Muret vous invitent à découvrir Les Survivants du Che, en présence de Julien Schickel, monteur et co-compositeur du film. Une rencontre pour explorer un épisode méconnu de l’Histoire et les coulisses d’une longue aventure cinématographique.

Une épopée humaine derrière la légende

Bolivie, octobre 1967. Che Guevara est capturé puis exécuté. Pour ses compagnons rescapés, le combat prend une autre forme : échapper à la traque et rester en vie. Commence alors une fuite de 2 400 kilomètres, pendant cinq mois, à travers un territoire où des milliers de soldats les poursuivent.

Dans Les Survivants du Che, Christophe Dimitri Réveille recueille la parole de ceux qui ont vécu cette histoire. Témoignages, archives et séquences d’animation se répondent pour restituer leur périple. Porté par la narration de Vincent Lindon, ce documentaire, présenté en séance spéciale au Festival de Cannes 2026, redonne un visage et une voix aux hommes qui ont poursuivi leur route après la mort du Che.

Que reste-t-il d’un idéal lorsque tout semble perdu ? Comment tenir ensemble face à la peur, à l’épuisement et à la disparition des camarades ? Cette histoire ouvre une réflexion sur l’engagement, la fidélité et le prix humain des combats politiques.

Julien Schickel, au cœur de la fabrication du film

Notre invité, Julien Schickel, a assuré le montage et participé à la composition de la musique avec Gilles Alonzo et Matteo Di Stefano. Son implication dépasse largement la salle de montage : compagnon de travail du réalisateur depuis 2008, il a notamment participé aux tournages en Bolivie en 2013 puis en 2025.

Sa présence permettra de revenir sur la construction du récit, la place de l’animation et la manière de faire dialoguer des témoignages avec les images et la musique. Une occasion privilégiée de découvrir comment un projet poursuivi pendant près de vingt ans devient un film.



En ouverture : Ambush, la guerre vue depuis l’espace

La séance débutera par Ambush, un court métrage d’animation de Xi Chengzhuo, réalisé en 2024 à l’école des Gobelins et proposé par L’Agence du court métrage dans son catalogue L’Extra Court.

Pendant quatre minutes, nous suivons des soldats isolés dans l’espace, attendant une embuscade tandis que leurs réserves d’oxygène diminuent. Un jeune éclaireur trouve du réconfort auprès de son sergent.

Cette fiction fera écho au documentaire par ses questions sur la vulnérabilité des combattants et la solidarité face à la mort.

Rendez-vous dimanche 11 octobre 2026 à 10h15 au Véo-Muret, pour une matinée de cinéma et d’échange avec Julien Schickel. 

80 ans de la Sécu - Ambroise Croizat

80 ans de la Sécu : le cinéma et LSR font revivre l’héritage d’Ambroise Croizat


Vendredi 18 septembre, LSR a donné le nom d'Ambroise Croizat, pour les 80 ans de la Sécurité sociale à sa salle. En présence de son petit-fils Pierre Caillaud-Croizat et du réalisateur Gilles Perret, la journée a mêlé mémoire, cinéma et mise en garde sur l'avenir du modèle social français. 


Muret a vécu une journée tournée vers la mémoire sociale, vendredi 18 septembre 2026. À l'occasion des 80 ans de la Sécurité sociale, l'association Loisirs Solidarité Retraite (LSR) a baptisé sa salle du nom d'Ambroise Croizat, ancien Ministre du Travail et des Solidarités de France et figure majeure de la construction de la Sécurité sociale en 1945. La cérémonie s'est déroulée en présence des invités d’honneur Pierre Caillaud-Croizat, petit-fils d'Ambroise Croizat, du réalisateur Gilles Perret et de la scénariste Marion Richoux. Plus d'une centaine de personnes se sont déplacées pour l'occasion.



Réhabiliter une mémoire trop longtemps effacée 


Pierre Caillaud-Croizat, explique que sa présence à Muret répondait avant tout à un devoir de mémoire. En effet, l'histoire a longtemps écarté le nom d'Ambroise Croizat. Interrogé sur les raisons de cet oubli, il évoque de multiples raisons. « Mettre en avant quelqu'un qui nous laisse un héritage tellement riche, sur une période très courte de 18 mois, un type communiste, qui n'a fait aucune étude, lui attribuer ça, je ne pense pas que ce soit un objectif prioritaire pour l'histoire officielle », estime t-il. En déplorant que « l’histoire est toujours réécrite par les dominants et les bourgeois. »


Au fil des échanges qui ont suivi dans la matinée, Pierre Caillaud-Croizat a insisté sur le sens qu'il donne à cette démarche. « Ambroise Croizat a eu le talent de mobiliser la population qui a construit une institution comme la Sécurité sociale pour se prendre en charge elle-même. » Il regrette qu’aujourd’hui cet outil soit associé à une simple administration, là où il devrait incarner la propriété des travailleurs. Pointant les dynamiques actuelles, il alerte aussi sur le glissement d'un modèle fondé sur la solidarité nationale vers une privatisation au profit d'assurances complémentaires.Un basculement qui, s'il n'est pas freiné, « risquerait d'entraîner la France vers un modèle américain, dans lequel une part majeure de la population demeure dépourvue de couverture sociale ».



Gilles Perret, cinéaste de la mémoire sociale

Aux côtés de Pierre Caillaud-Croizat, le réalisateur Gilles Perret, accompagné de la scénariste Marion Richoux, a présenté ses films tout au long de l’après-midi au cinéma Véo Muret : La Chauffe, La Sociale, Walter, retour en résistance et Reprise en main. Dans sa prise de parole, il a expliqué vouloir, à travers ses films, « faire vivre la mémoire sociale, la mémoire politique ». Il a également précisé vouloir réhabiliter dans son long métrage La Sociale, « un homme (Ambroise Croizat NDLR) qui par le fait de ne rien avoir lâché et d'avoir gardé un cap a changé le quotidien de millions de Français. »


Revenant sur la création de la Sécurité sociale, il y voit l'exemple même de la puissance du nombre : « c'est toujours quand il y a eu un rapport de force et que les gens se sont mis ensemble qu'on a réussi à faire progresser les grandes étapes ». Il rappelle que le principe fondateur « chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins de santé » n'avait rien d'une évidence à l'époque.




Un combat à poursuivre


La journée s'est achevée par la projection de Reprise en main, suivie d'un dernier débat avec le public. À l'heure où les deux hommes s'inquiètent, chacun à sa manière, des reculs sociaux, leurs mots résonnent comme un même appel à ne pas se résigner. Gilles Perret, veut néanmoins croire qu'un sursaut collectif reste possible. « On devrait être assez malin pour ne pas revivre la catastrophe », affirme t-il, tout en reconnaissant qu'en face, « le rouleau compresseur des médias est quand même puissant ». Pierre Caillaud-Croizat conclut plus sobrement : « j'espère que par mes interventions, j'inciterai un petit peu à cette mobilisation. » Quatre-vingts ans après sa création, la Sécurité sociale reste, pour eux, moins un héritage à célébrer qu'un combat à poursuivre.


Textes et photos @Luca_SARGES - Vive le Cinéma à Muret


Le sud - Dimanche 4 octobre 2026

Le Sud : quand les secrets d’un père éclairent toute une Espagne

Avec Le Sud, réalisé en 1983, Víctor Erice signe une œuvre majeure du cinéma espagnol. Un film sensible et mystérieux sur l’enfance, la mémoire familiale et les blessures laissées par l’histoire.

Le regard d’une enfant sur un père mystérieux

Présenté en sélection officielle au Festival de Cannes en 1983, Le Sud (El Sur) est aujourd’hui considéré comme l’un des grands films du patrimoine européen. Plus de quarante ans après sa réalisation, l’œuvre de Víctor Erice conserve une force intacte, portée par une mise en scène d’une grande délicatesse et par le regard d’une enfant sur le monde des adultes.

Dans l’Espagne des années 1950, Estrella, huit ans, vit avec ses parents dans le nord du pays, dans une maison appelée « La Mouette ». Son père, Agustín Arenas, médecin taciturne et mystérieux, est originaire du Sud de l’Espagne, une région dont il ne parle presque jamais.

Pour sa fille, il est d’abord un personnage fascinant. Lorsqu’il utilise son pendule pour détecter l’eau souterraine, il semble même posséder quelque chose du magicien. Mais, au fil des années, cette image idéale se fissure. Estrella grandit et cherche à comprendre les silences de son père, ses blessures et ce passé qu’il refuse d’évoquer.


L’enfance, territoire de tous les mystères

Dix ans après L’Esprit de la ruche, Víctor Erice retrouve avec Le Sud le monde de l’enfance. Le spectateur découvre les événements à travers le regard d’Estrella, ses intuitions, ses incompréhensions et ses souvenirs.

La relation père-fille devient alors le cœur du film : celle d’une enfant qui découvre peu à peu que l’homme qu’elle admire est lui aussi traversé par les regrets, les renoncements et les secrets.

Un cinéma de lumière et d’ombre

Le film frappe également par sa beauté visuelle. Víctor Erice travaille la lumière comme un peintre. Certains plans évoquent Vermeer ou Caravage. Les visages, les fenêtres et les intérieurs semblent toujours raconter quelque chose de ce qui demeure caché.

Cette beauté n’est jamais décorative. L’ombre et la lumière accompagnent les émotions, les silences et tout ce qui ne peut être dit.

Le Sud, un lieu que l’on ne verra jamais

Le Sud du titre est lui-même un territoire presque imaginaire. C’est le lieu d’origine d’Agustín, qu’il a quitté après un conflit avec sa famille franquiste.

À l’origine, Víctor Erice souhaitait tourner une seconde partie dans laquelle Estrella partait vers le Sud. Faute de moyens accordés par le producteur, cette partie ne sera jamais filmée.

Cette absence donne pourtant au film une force singulière. Le Sud devient un lieu rêvé, objet de nostalgie et de mémoire, un espace que l’on devine plus qu’on ne le voit.

Les fantômes du franquisme

En arrière-plan, les traces du franquisme traversent l’histoire familiale. Le père s’est éloigné d’une famille liée au régime, tandis que la mère a perdu son poste d’institutrice.

Sans jamais être démonstratif, Víctor Erice montre ainsi comment la grande Histoire s’inscrit dans les vies ordinaires, dans les silences et dans les blessures qui se transmettent parfois d’une génération à l’autre.

Un grand film du patrimoine à revoir sur grand écran

Avec Omero Antonutti et une jeune Icíar Bollaín, future réalisatrice, Le Sud est un film sur l’enfance, la filiation, la mémoire et la perte des illusions.

C’est aussi tout l’intérêt des films du patrimoine : permettre de revoir sur grand écran des œuvres qui n’ont rien perdu de leur puissance.

Plus de quarante ans après sa sortie, Le Sud continue ainsi d’émouvoir, d’intriguer et de hanter le spectateur.

Un film rare, délicat et profondément humain, à découvrir ou redécouvrir au cinéma.